Depuis son introduction dans le Sud-Ouest, le Malbec a su se faire une place de choix sur la table de nombreux Français. Pourtant, l’histoire du vin de Cahors est aussi longue que tortueuse. Entre son implantation dans la vallée du Quercy, son essor récent en Argentine puis son renouveau en France, il a frôlé la disparition. Aujourd’hui, après bien des péripéties, le cépage de Cahors profite d’une grande renommée à l’international. Retour sur plus de mille ans d’histoire.
Implantation du cépage de Cahors en France
À l’instar de nombreux autres vins, c’est au clergé que l’on doit l’implantation du cépage de Cahors en France. Si les premières traces de viticulture dans la région remontent à l’Antiquité, c’est pendant le Haut Moyen Âge que les moines commencent à planter de manière structurée.
Cépage de Cahors : comment le Malbec a séduit les plus grands
Lorsqu’Henri II d’Angleterre s’unit à Aliénor d’Aquitaine, en 1152, les invités célèbrent l’événement avec du vin de Cahors. En 1325, le Pape Jean XXII en fait son vin de table. Plus tard, au XVIe siècle, c’est François Ier qui lui fera une belle publicité auprès de la noblesse. En le faisant servir à sa cour, le roi consolide assurément la réputation du vin noir de Cahors, profond et puissant. Au début du XVIIe siècle, le vin régional connaît un regain d’intérêt dans sa région grâce à Saint-Didier, évêque de Cahors, qui décide de le servir comme vin de messe.
Le rôle historique du cépage de Cahors dans les assemblages de Bordeaux
Le Malbec, appelé Côt, a joué un rôle majeur dans les assemblages des vins de Bordeaux. Très apprécié pour sa couleur intense et sa structure tannique, il s’associe, au XVIIe et XVIIIe siècles, avec les autres cépages bordelais tels que le cabernet sauvignon, le merlot ou encore le cabernet franc. S’il est toujours autorisé dans les assemblages de Bordeaux, il s’est raréfié après le gel de 1956 et les nombreuses maladies.
Vin noir de Cahors : un caractère unique né sous la contrainte
Le vin de Cahors est aussi connu sous le nom de vin noir ou “black wine”. Si la naissance de ce nectar est antérieure au privilège bordelais de 1241, cette contrainte commerciale lui a forgé son identité et son caractère.
Le privilège bordelais, c’est quoi ?
Le privilège bordelais correspond à une règle commerciale qui donne la priorité aux vins locaux. Bordeaux étant un port stratégique, les Bordelais décident, par cette réforme, que les vins produits en amont de la Garonne, comme le Cahors, ne soient pas commercialisés avant la fin de l’année. Ainsi, les vignerons de Bordeaux ont le temps d’écouler leurs denrées avant que les conditions de circulation ne soient dégradées par l’arrivée de l’hiver !
Vin noir de Cahors : une réponse au privilège bordelais
C’est pour répondre à ces contraintes commerciales que les viticulteurs et les vignerons cadurciens ont imaginé le vin noir que l’on connaît aujourd’hui. Avec son très bon potentiel de garde, il peut supporter les voyages les plus longs sans perdre ses caractéristiques gustatives. De plus, pour trouver une place sur le marché viticole dans cette conjoncture défavorable, l’originalité devient indispensable. Les vignerons créent alors un vin particulièrement puissant et tannique, conçu pour marquer les esprits.
Cépage de Cahors : l’essor du Malbec en France
Le vin noir se forge rapidement une excellente réputation en France et dans les pays voisins. En 1310, la moitié des exportations de vin au départ de Bordeaux auraient été du vin de Cahors, soit 850 000 hl selon certaines sources. Le nectar cadurcien s’exporte alors en Angleterre, dans les Flandres et plus généralement au nord de l’Europe.
Crise et déclin du cépage de Cahors
En 1863, un puceron qui ravage les vignes est détecté. Arrivé en Europe avec l’introduction de plants de vignes américaines, le phylloxera menace lourdement les vignobles français.
Les dégâts du phylloxera sur le cépage de Cahors
Les maladies connues jusque-là affectent principalement le rendement de manière temporaire. Avec le phylloxera, les vignerons se retrouvent face à un parasite qui tue la vigne dans les trois ans suivant la contamination. La maladie touche d’abord les vignes bordelaises, avant de s’attaquer au vignoble cadurcien en 1876. Pour la région, c’est un drame : suite au succès des vins de Cahors, de nombreuses familles comptent sur la viticulture pour vivre ! Impossibles à soigner, les vignes sont alors remplacées en urgence. Mais le phylloxera poursuit sa prolifération meurtrière.
Le greffage : une solution pour faire survivre le cépage de Cahors
Les producteurs mettent tous leurs espoirs dans le greffage d’un pied américain résistant au phylloxera sur un cépage méditerranéen. Les racines seront américaines, mais les grappes resteront bel et bien européennes. Une méthode prometteuse qui permet de continuer la culture de la vigne dans la région de Cahors, sans toutefois satisfaire les consommateurs : le vin n’est plus le même, il a perdu de son attrait.
1951 et 1971 : deux dates clés pour le cépage de Cahors
En 1951, le vin de Cahors reçoit sa première distinction. 20 ans plus tard, avec le label AOC, le Malbec de Cahors finit de retrouver ses lettres de noblesse sous l’impulsion de Roger Baudel.
1951 : un label de qualité qui change tout
Après les périodes complexes qu’il a traversées, le vin de Cahors est défendu par un certain nombre d’acteurs du secteur viticole cadurcien. En 1951, le vin de Cahors reçoit son tout premier label de qualité, le VDQS (vin délimité de qualité supérieure). Si ce label est perçu comme une étape vers l’appellation d’origine contrôlée, il permet au vin de Cahors d’entamer sa réhabilitation dans le cœur des Français.
1971 : l’obtention du précieux label AOC
En 1971, sous l’impulsion de Roger Baudel et après de nombreuses visites et expertises, le verdict tombe enfin : le Malbec est jugé digne du label appellation d’origine contrôlée ! La commission salue l’originalité du vin de Cahors, à travers le cépage Malbec, et valorise les vignobles de la vallée du Lot, les seuls en France à avoir le Malbec comme cépage principal.
Ce que l’AOC change pour le cépage de Cahors
L’année 1971 marque un tournant majeur pour le vin de Cahors. Le label AOC témoigne du cadre strict de production, une condition indispensable pour gagner la confiance du public. La consommation de vins de Cahors, auparavant très locale, s’étend progressivement aux amateurs de vins et aux restaurateurs, en France et dans le monde entier.
La renaissance spectaculaire du Malbec en Argentine
En 1868, l’agronome français Michel A. Pouget décide d’introduire le Malbec en Argentine. Là-bas, les ceps profitent du climat ensoleillé et de l’altitude de la ville de Mendoza. Sous une nouvelle identité, le Malbec argentin commence à séduire. Il est plus fruité et très souple, révélant des notes de cacao, de prune, de mûre et de vanille.
Dans les années 90 et 2000, le Malbec commence à se faire connaître aux États-Unis. Un engouement qui contribue largement à sa réussite outre-Atlantique. Aujourd’hui, les Argentins produisent deux tiers du Malbec mondial sur près de 24 000 hectares, contre 6 000 en France et 3 000 à Cahors.
Comment consommer le Malbec ?
Le Malbec est un vin de garde, mais il peut être apprécié jeune en fonction des cuvées. Pour vous aider à en apprécier toutes les saveurs, voici quelques conseils de dégustation.
Temps de conservation du Malbec
Le vin de Cahors a la particularité de bien se conserver dans le temps. Si certaines cuvées peuvent se déguster dès 3 ans, votre patience permettra d’assouplir les tanins des plus grands vins de Cahors. Certaines bouteilles peuvent se garder jusqu’à 10 ans, parfois plus. Attention, le Malbec argentin se consomme généralement plus rapidement !
Température et temps d’aération du Malbec de Cahors
Le Malbec de Cahors se déguste à une température comprise entre 16 et 18 °C pour lui permettre de s’exprimer pleinement. Les vins jeunes profiteront d’une ouverture deux heures avant la dégustation. Pour un vin vieux de 5 à 10 ans, une heure suffit généralement. Enfin, si vous ouvrez une bouteille plus ancienne, nul besoin de dépasser la demi-heure. Au contraire, une aération trop longue pourrait en altérer les saveurs.
Avec quel menu accorder le vin de Cahors ?
Le vin de Cahors, riche en Malbec, est tannique et structuré. Vous pourrez le servir avec :
- De la viande rouge, comme une côte de bœuf ou un gigot d’agneau
- Du cassoulet
- Du foie gras
- Des plats en sauce
Côté fromage, privilégiez les produits affinés ou le roquefort. Enfin, les amateurs de cuisine végétale se tourneront vers une recette à base de cèpes ou de girolles pour apprécier toutes les caractéristiques du Malbec.
Des premiers plants importés par le clergé à son exportation outre-Atlantique, le cépage de Cahors a connu bien des épreuves. Aujourd’hui, certains crus de Cahors s’invitent aux tables de prestige. C’est le cas de ceux de la famille Baldès, qui fait perdurer l’art viticole et la tradition dans ses vignobles du Clos Triguedina. Restaurants étoilés, Sénat, Assemblée nationale… Le Malbec est passé du statut de vin rustique à celui de grand cru incontournable de la gastronomie française !